Certaines politiques publiques produisent des résultats visibles. D’autres transforment durablement les comportements. La Brigade de salubrité semble aujourd’hui appartenir à cette seconde catégorie.
À Conakry, cette réforme ne consiste plus seulement à lutter contre l’insalubrité. Elle contribue progressivement à réconcilier les citoyens avec une notion essentielle : la responsabilité individuelle dans la préservation du bien commun.
Au fil de nos échanges avec plusieurs habitants ayant bénéficié de l’intervention de cette unité, un constat revient avec une remarquable constance : la Brigade de salubrité ne nettoie pas seulement les rues, elle rééduque les comportements.
Les témoignages sont révélateurs.
« Depuis leur passage, les déversements d’eaux usées chez les voisins ont considérablement diminué. Les gens savent désormais qu’ils devront répondre de leurs actes. »
Un autre citoyen affirme :
« Avant, chacun faisait ce qu’il voulait. Aujourd’hui, chacun sait que l’espace public appartient à tout le monde et qu’il existe des règles à respecter. »
Une mère de famille ajoute :
« Nos enfants grandissent en voyant que la propreté est une responsabilité et non une faveur. C’est une véritable école de citoyenneté. »
Les résultats obtenus confirment cette évolution.

À ce jour, plus de 1590 infractions liées notamment aux déversements anarchiques des eaux usées, aux dépôts sauvages d’ordures et à diverses atteintes à la salubrité publique ont déjà été constatées et traitées. Les contrevenants, pris en flagrant délit, s’acquittent directement des amendes prévues par la réglementation.
Au-delà de leur caractère dissuasif, ces sanctions répondent à une logique particulièrement pertinente : les recettes générées servent à financer directement les interventions de la Brigade sur le terrain.
Ce mécanisme est remarquable à plusieurs égards.
D’abord parce qu’il responsabilise les auteurs des infractions. Ensuite parce qu’il réduit progressivement la dépendance du dispositif vis-à-vis des seules ressources budgétaires de l’État. Enfin, parce qu’il instaure un cercle vertueux où ceux qui dégradent le cadre de vie contribuent eux-mêmes à financer sa restauration.

Cette approche illustre un principe moderne de gouvernance publique : faire de la sanction un levier de changement plutôt qu’une simple punition.
La Brigade de salubrité introduit ainsi une nouvelle culture administrative où la pédagogie, le contrôle et la responsabilité financière se renforcent mutuellement.
Cette expérience mérite aujourd’hui d’être consolidée.

L’annonce du recrutement prochain de nouveaux agents constitue une excellente perspective. Leur déploiement permettra d’intensifier les actions de proximité, de renforcer les campagnes de sensibilisation, d’améliorer la couverture des quartiers et d’assurer une présence plus constante sur l’ensemble du territoire de Conakry.
Ces nouveaux agents ne seront pas uniquement des contrôleurs. Ils pourront devenir de véritables éducateurs de proximité, capables d’accompagner les ménages dans l’adoption de bonnes pratiques, de promouvoir le respect du bon voisinage et de rappeler que l’espace public est un patrimoine commun dont chacun est responsable.

Car il faut le rappeler : aucune ville ne peut durablement être propre si les comportements individuels restent incompatibles avec l’intérêt collectif.
La sensibilisation demeure donc indispensable. Elle permet de convaincre, d’expliquer et de prévenir. Mais l’expérience internationale démontre également qu’une politique publique efficace repose sur un équilibre entre la pédagogie et l’application effective des règles. Lorsqu’elles sont exercées avec professionnalisme, impartialité et transparence, les sanctions ne sont pas une marque d’autoritarisme ; elles constituent une garantie d’équité envers les citoyens qui respectent déjà les règles.
Au regard des premiers résultats enregistrés, cette réforme mérite d’être saluée et encouragée. Mieux encore, elle pourrait utilement inspirer une stratégie nationale. Les problématiques d’insalubrité, de déversement des eaux usées, d’occupation anarchique de l’espace public et de non-respect des règles de voisinage ne concernent pas uniquement la capitale. Elles affectent l’ensemble des villes du pays.

Étendre progressivement ce modèle à l’échelle nationale, en l’adaptant aux réalités locales, constituerait un signal fort en faveur d’une gouvernance plus responsable et d’une citoyenneté plus exigeante.
Car une nation ne se développe pas uniquement grâce à ses infrastructures ou à ses investissements. Elle progresse également lorsque chacun comprend que la liberté individuelle implique des devoirs envers la collectivité.
La Brigade de salubrité nous rappelle finalement une vérité simple : la propreté d’une ville n’est pas d’abord le reflet de ses moyens financiers, mais celui de la conscience civique de ses habitants. Et lorsque cette conscience est accompagnée par des institutions justes, fermes et pédagogues, c’est toute la société qui avance.










