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Quand l’Etat fragilise et affaiblit ses propres entreprises: SEG, EDG, SOGUIPAH et autres (Par Ousmane SOW)

Mohamed Bangoura by Mohamed Bangoura
juin 20, 2026
in À la une, Actualités, Opinion, Politique
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Quand l’Etat fragilise et affaiblit ses propres entreprises: SEG, EDG, SOGUIPAH et autres (Par Ousmane SOW)
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Pendant longtemps, nous avons cru que les difficultés de certaines entreprises publiques guinéennes étaient dues à des problèmes de gestion, à un manque de compétences ou à des erreurs commises par les dirigeants successifs. Pourtant, lorsqu’on observe attentivement la situation de la SEG, d’EDG ou encore de la SOGUIPAH, une autre réalité apparaît.

Le véritable problème est plus profond. Il résulte d’un modèle de gouvernance qui s’est installé progressivement au fil des décennies : faire fonctionner des entreprises publiques avec des tarifs largement inférieurs à leurs coûts réels, tout en promettant que l’État comblera la différence par des subventions.

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Sur le papier, l’idée paraît généreuse. Elle vise à protéger le pouvoir d’achat des ménages en maintenant des prix accessibles pour l’eau, l’électricité ou certains produits agricoles stratégiques. Mais dans la pratique, cette politique a produit l’effet inverse de celui recherché.

À force de reporter les ajustements nécessaires, les entreprises publiques ont perdu leur capacité à investir, à entretenir leurs infrastructures et à améliorer leurs services. Ce que l’on voulait éviter aux populations s’est finalement aggravé avec le temps.

Le piège de la subvention permanente

L’exemple de la SEG est particulièrement révélateur.

Aujourd’hui, produire un mètre cube d’eau coûte environ 14 300 GNF alors qu’il est vendu autour de 4 000 GNF. Avec une production moyenne de 150 000 m³ par jour, les charges mensuelles dépassent 64 milliards de GNF.

Face à cela, les recettes commerciales tournent autour de 18 milliards de GNF. Même en ajoutant l’appui financier de l’État, qui devait initialement atteindre 12,5 milliards de GNF mais dont seulement 7,5 milliards sont effectivement versés, les ressources disponibles atteignent à peine 25 milliards de GNF.

Le résultat est sans appel : un déficit structurel d’environ 39 milliards de GNF chaque mois.

Aucune entreprise, publique ou privée, ne peut durablement survivre avec un tel écart entre ses dépenses et ses recettes.

Cette réalité avait été comprise depuis plusieurs années par l’actuel Ministre de l’Hydraulique lorsqu’il dirigeait la SEG. Les ajustements tarifaires engagés en 2024 puis renforcés sous l’impulsion des partenaires techniques et financiers allaient dans ce sens. Mais le retard accumulé est tel que le rattrapage demeure extrêmement difficile.

La question mérite d’être posée avec honnêteté : comment assurer la viabilité des nouveaux investissements hydrauliques si les infrastructures existantes ne peuvent déjà pas être entretenues correctement ?

Des entreprises condamnées à survivre

Lorsqu’une entreprise ne couvre pas ses coûts, elle n’a plus de marge de manœuvre.

Elle emprunte pour payer ses charges courantes.

Elle accumule des découverts bancaires.

Elle reporte les travaux de maintenance.

Elle retarde le renouvellement des équipements.

Et pendant ce temps, les infrastructures vieillissent.

Les réseaux se dégradent, les pertes augmentent, la qualité du service baisse et les usagers deviennent de plus en plus réticents à payer pour un service qu’ils jugent insuffisant.

Le cercle vicieux est alors complet.

La dépendance à la subvention devient permanente.

La politisation de la gouvernance

Cette dépendance financière produit une autre conséquence souvent ignorée.

Lorsqu’une entreprise ne vit plus de ses recettes mais des arbitrages budgétaires de l’État, la proximité avec le pouvoir devient parfois plus importante que la performance économique.

Le dirigeant est souvent évalué sur sa capacité à obtenir des ressources plutôt que sur sa capacité à créer de la valeur.

Pourtant, gérer une entreprise de distribution d’eau, d’électricité ou une société agro-industrielle exige des compétences de chef d’entreprise, de gestionnaire et de stratège.

On ne redresse pas une société déficitaire avec des réflexes administratifs.

On la redresse avec une culture de résultat, une gestion rigoureuse des coûts et une vision de long terme.

Plus une entreprise dépend de l’État, plus elle risque d’être politisée.

Et plus elle est politisée, moins elle est gérée selon les critères de performance.

Tarif de l’eau :

Sénégal : 202 à 878 FCFA/m³ ≈ 2 800 à 12 300 GNF/m³.

Côte d’Ivoire : 199 à 559 FCFA/m³ ≈ 5000 à 7 800 GNF/m³.

Guinée : 4 200 GNF/m³.

Enseignement

La Guinée fait partie des pays où le tarif officiel de l’eau est le plus faible de la sous-région. À 4 200 GNF/m³, un bidon de 20 litres revient à environ 84 GNF, un niveau difficilement compatible avec les besoins d’investissement et de renouvellement des infrastructures.

Électricité :

Guinée (EDG) production souvent supérieur à 1 500 GNF/kWh selon la source de production et les pertes réseau et vendu à 455 GNF le kilowatt.

Sénégal : 82 à 109 FCFA/kWh ≈ 1 150 à 1 530 GNF/kWh

Côte d’Ivoire : 75 à 130 FCFA/kWh ≈ 1 050 à 1 820 GNF/kWh.

Bénin : 95 à 140 FCFA/kWh ≈ 1 330 à 1 960 GNF/kWh.

La comparaison régionale montre que :

  1. L’eau est vendue en Guinée à un niveau parmi les plus faibles de la sous-région, alors même que les besoins d’investissement de la SEG se chiffrent en centaines de millions d’euros.
  2. L’électricité reste fortement subventionnée, ce qui pèse sur les finances publiques et limite les capacités d’investissement d’EDG.
  3. Les pays qui ont réussi à améliorer durablement leurs services (Sénégal, Côte d’Ivoire) ont progressivement rapproché les tarifs des coûts réels tout en maintenant des tranches sociales protégées pour les ménages vulnérables.

La Guinée ne souffre pas seulement d’un déficit d’infrastructures. Elle souffre également d’un modèle économique où les tarifs de l’eau et de l’électricité ne permettent ni le renouvellement des équipements, ni l’extension des réseaux, ni l’autonomie financière des entreprises publiques. Le démarrage prochain du quatrième projet eau suscite de vives inquiétudes chez les partenaires, si les tarifs ne sont pas alignés au standard proche de la réalité, nous allons retomber dans le même scénario malheureusement.

Le cas de la SOGUIPAH

La SOGUIPAH illustre la même problématique sous une autre forme.

L’entreprise dispose pourtant d’atouts considérables dans les filières du palmier à huile et de l’hévéa.

Mais elle évolue dans un environnement où l’État intervient souvent comme arbitre sans toujours jouer pleinement son rôle d’actionnaire stratégique.

Or une activité agro-industrielle compétitive nécessite des investissements lourds, une vision à long terme et une discipline de gestion constante.

Aucun secteur ne peut prospérer durablement dans l’incertitude.

Le coût réel de l’inaction

Le coût de ce modèle dépasse largement les déficits annuels enregistrés dans les comptes des entreprises.

Il se traduit par :

  • des infrastructures vieillissantes ;
  • une qualité de service dégradée ;
  • des pertes techniques importantes ;
  • une faible confiance des investisseurs ;
  • des difficultés croissantes à mobiliser les financements internationaux ;
  • une dette croisée entre l’État, les entreprises publiques et leurs fournisseurs.

Aujourd’hui, l’État doit lui-même plusieurs milliards de francs guinéens à certaines de ces entreprises tout en ayant des difficultés à honorer ses engagements.

Chaque année qui passe rend la situation plus complexe et plus coûteuse à corriger.

L’exemple sénégalais : une autre approche

Le Sénégal offre un enseignement intéressant.

La question n’est pas de savoir si les tarifs doivent augmenter ou diminuer.

La vraie question est de savoir qui décide et selon quelles règles.

À travers la Commission de Régulation du Secteur de l’Énergie (CRSE), chaque décision tarifaire est analysée, documentée et évaluée financièrement avant d’être appliquée.

Lorsqu’une baisse tarifaire a été accordée à certaines catégories de consommateurs en 2026, son impact sur les revenus de la Senelec a été calculé à l’avance et intégré dans un cadre financier clairement défini.

Autrement dit, la protection du consommateur n’a pas été financée par un déficit caché.

Elle a été financée par un mécanisme transparent.

C’est précisément cette discipline qui manque encore dans notre système.

Les trois décisions qu’il faudra un jour assumer :

Dire la vérité sur les coûts

Les tarifs actuels ne couvrent pas le coût réel des services.

Cette réalité doit être expliquée aux citoyens avec transparence. S’il faut féliciter un dirigeant dans ce sens c’est le Ministre actuel de l’hydraulique, l’homme entrepreneur n’a jamais caché la vérité aux populations, il a étayé cette réalité avec une pédagogie qui ne laisse personne indifférente. L’année dernière l’appui de l’état à la SEG est passé de 7 milliards cinq cents à 12 milliards cinq cent sauf que dans les faits cela n’a jamais été respecté.

Les ajustements doivent être progressifs et accompagnés de mécanismes de protection pour les ménages les plus vulnérables.

Rendre les subventions crédibles

Si l’État décide de soutenir certains consommateurs, cette aide doit être budgétisée, contractualisée et garantie.

Une subvention n’a de valeur que lorsqu’elle est effectivement payée.

Dépolitiser la gestion

Les dirigeants des entreprises publiques doivent être recrutés et évalués sur la base de résultats mesurables :

  • taux de recouvrement ;
  • réduction des pertes ;
  • qualité du service ;
  • exécution des investissements ;
  • satisfaction des usagers.

Les contrats de performance doivent devenir la règle.

La fragilité actuelle de la SEG, d’EDG et de la SOGUIPAH n’est pas une fatalité. Elle n’est pas non plus le reflet d’un manque de compétences nationales ni de mauvaise gestion, elle est le reflet d’un système qui s’est enracine depuis une trentaine d’années.

Observer les coûts d’exploitation des produits sociaux de base dans les autres pays et leur prix rendu au public. Vous verrez le piège Guinéen.

La Guinée dispose de femmes et d’hommes capables de gérer ces entreprises avec efficacité.

Le véritable défi est ailleurs.

Pendant des décennies, nous avons préféré repousser les décisions difficiles au nom de la protection immédiate du pouvoir d’achat.

Mais à force de différer les réformes, nous avons fini par fragiliser les outils mêmes qui devaient servir la population.

La question n’est donc plus de savoir s’il faut réformer. La question est de savoir combien de temps encore nous pouvons nous permettre de ne pas le faire car aucune entreprise ne peut distribuer durablement de l’eau, de l’électricité ou produire de la richesse lorsqu’elle vend systématiquement en dessous de son coût réel et attend chaque année une compensation qui n’arrive jamais entièrement ?

La véritable justice sociale ne consiste pas à maintenir artificiellement des prix irréalistes. Elle consiste à bâtir des entreprises solides, capables de fournir durablement un service de qualité à tous les citoyens à un prix qui reflète la réalité. Cette inertie de l’Etat a conduit aujourd’hui beaucoup de nos citoyens à dépenser dans des trucs inutiles. Vous arrivez au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, les premiers soucis des populations c’est comment gérer efficacement l’eau et l’électricité ainsi que le transport pour couvrir les besoins essentiels. Chez nous en Guinée, c’est plutôt acheter des choses insensées parce que derrière l’état a tenu une promesse qu’il ne tiendra jamais.

Ousmane SOW, Analyste financier basé à Dakar,

Expert des réformes du secteur public et des modèles de financement des services essentiels

Ancien consultant de la Banque Islamique de Développement (BID) sur les politiques tarifaires et la soutenabilité financière des entreprises publiques africaines

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