Le SAF du centre médico-social Jean-Paul II a fait sa déposition cet après-midi dans le cadre des témoignages au procès du directeur général de cette structure devant la chambre de jugement de la CRIEF. Il s’agit de Namandjan Doumbouya, né en 1986 à Kankan. De toute évidence, cet économiste fait partie des personnes ayant dénoncé Soriba Soumah à la CRIEF. Le juge Alpha Camara l’a interrogé sur les recettes du centre.
Le témoin a indiqué qu’il existe cinq postes de recettes au centre Jean-Paul II : la consultation, le parking, la pharmacie, le service médical et la crèche. Par ailleurs, il a précisé qu’en sa qualité de SAF, il est chargé de l’émission des titres de recettes, tandis que le recouvrement est assuré par l’agent comptable.
Il a évoqué une recette prévisionnelle d’un milliard 500 millions de francs guinéens pour l’année 2025 sans pour autant préciser si tout le montant avait bel et bien été recouvré.
Entrant dans les détails, il n’a pas indiqué combien la crèche rapporte annuellement, mais il a affirmé qu’à sa prise de fonction, le 3 janvier 2025, la perceptrice de la crèche lui aurait déclaré avoir transféré par Orange money un montant de 124 millions de francs guinéens au directeur général pour la réparation d’un moteur.
Le témoin a soutenu que toutes les recettes de la crèche étaient directement acheminées vers Soriba Soumah. Concernant les recettes de la pharmacie, M. Doumbouya a affirmé qu’elles étaient versées sur le compte du directeur général par l’intermédiaire d’une femme nommée Bérété, qui, selon lui, n’est pas pharmacienne, de profession.
La recette prévisionnelle de la pharmacie était estimée à 500 millions de francs guinéens par an. Il a également évoqué la sortie frauduleuse, en plein mois de Ramadan, d’un groupe électrogène qui aurait été offert au centre par des Indiens en 2014. Selon lui, le groupe électrogène actuellement sur place n’a jamais fonctionné, alors que le directeur recevrait tous les trois mois 10 millions de francs guinéens destinés à son alimentation en carburant en cas de coupure d’électricité.
Le prévenu s’est inscrit en faux contre ces accusations et a dénoncé un acharnement. Soriba Soumah a déclaré connaître la nommée Bérété de la pharmacie ainsi que la perceptrice de la crèche. Selon lui, ces dernières, comme les autres percepteurs, collectent les recettes avant de les déposer auprès de l’agent comptable, et non auprès de sa personne. « C’est l’agent comptable qui est habilité à conserver les fonds », a-t-il insisté.
Revenant à la charge, Namandjan Doumbouya a affirmé que le parking du centre est confié à un Camerounais. Pour étayer ses propos, il a indiqué que tous les faits sont consignés dans un rapport signé par tous les responsables du centre, à l’exception du directeur général.
Il a également affirmé qu’au titre de l’année 2025, le centre Jean-Paul II n’a versé aucun fonds au Trésor public. Le témoin accusateur a conclu que les recettes avaient été purement et simplement détournées. En réponse, le directeur général a déclaré que les revenus du centre sont minimes et qu’il peut être amené à les utiliser avant le versement de la subvention.
Namandjan Doumbouya a aussi soutenu que Soriba Soumah est toujours en contact avec son agent comptable qu’il accuse d’avoir falsifié sa signature pour faire des sorties de fonds avant de fuir. Pour preuve, a-t-il affirmé, quatre opérations de retrait auraient été effectuées au Trésor public au mois d’octobre 2025 sur la base de leurs deux signatures, en l’absence de l’agent comptable. Ces opérations portaient respectivement sur les montants suivants : plus d’1 milliard 322 millions, 200 millions, 37 millions et 407 millions de francs guinéens.
De l’autre côté, M. Doumbouya reproche au directeur général de la société AT Multiservices le retard dans l’exécution du contrat de fourniture d’équipements. Alors que la durée du contrat était fixée à un mois, les équipements n’auraient toujours pas été livrés dix mois plus tard.
En conclusion, Namandjan Doumbouya a déclaré nourrir une haine viscérale contre le prévenu en raison, selon lui, de la mauvaise gestion financière du centre. Soriba Soumah a rétorqué que cette haine est plutôt liée à son choix d’opter pour un appel d’offres ouvert, refusant ainsi d’attribuer le contrat de fourniture d’équipements à la société SOGUIPREM, comme le souhaitait, selon lui, l’accusateur.
Au terme de la déposition des témoins, la Cour a rejeté la demande de mise en liberté des prévenus. Elle a ordonné au service de l’Agence de dépôt du Trésor de produire les copies des relevés des comptes du Centre Jean-Paul II et, le cas échéant, les copies des chèques émis au nom de cette structure pour la période allant de janvier à décembre 2025.
Elle a également ordonné aux conservateurs fonciers de Conakry, Coyah, Kindia et Forécariah d’établir l’état des lieux des biens immobiliers des prévenus Soriba Soumah et Ismaël Traoré, ainsi que de ceux de leurs épouses et de leurs enfants.
Par ailleurs, la Cour a ordonné la comparution de Youssouf Soumah, du Trésor, et d’Ibrahima Barry, du Centre Jean-Paul II, en qualité de témoins. La cause est renvoyée au 8 juin pour la suite des débats et, éventuellement, les plaidoiries et réquisitions.
Sékou Diatéya










