Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), gouvernés par des juntes militaires issues de coups d’État récents, ont annoncé lundi soir leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI). Dans un communiqué commun, le Burkina Faso, le Mali et le Niger qualifient l’institution de « bras judiciaire de l’impérialisme » et affirment vouloir « affirmer pleinement leur souveraineté ».
Une rupture avec l’Occident
La décision, présentée comme ayant « effet immédiat », ne deviendra juridiquement effective qu’un an après la notification officielle auprès de l’ONU. Elle s’inscrit dans une trajectoire politique assumée de rupture avec les partenaires occidentaux et de rapprochement avec de nouveaux alliés, notamment la Russie.
Les États de l’AES, confrontés à des insurrections jihadistes persistantes, dénoncent également « l’incapacité de la CPI à juger les crimes de guerre et crimes contre l’humanité avérés ». Ils annoncent la création prochaine d’une Cour pénale sahélienne, présentée comme un mécanisme judiciaire « endogène » pour la paix et la justice.
Une institution contestée en Afrique
Depuis sa création en 2002, la CPI est critiquée par de nombreux pays africains, qui l’accusent de cibler principalement des dirigeants du continent. Si la juridiction basée à La Haye a condamné des figures comme le chef de guerre congolais Bosco Ntaganda (30 ans de prison) ou le jihadiste malien Al Hassan (10 ans), elle a aussi été contrainte d’acquitter l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo ou le Congolais Jean-Pierre Bemba.
Le retrait de l’AES fragilise encore l’universalité de la CPI, déjà contestée par des puissances comme les États-Unis, la Russie, la Chine ou Israël, qui n’en sont pas membres. Plus récemment, la Hongrie s’est retirée après l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou.
Un risque d’impunité accru
Si la décision est saluée comme un geste de souveraineté par les autorités de Ouagadougou, Bamako et Niamey, elle suscite de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains. Les armées sahéliennes sont elles-mêmes accusées d’exactions contre des civils dans leur lutte contre les groupes jihadistes. En se retirant de la CPI, ces États privent leurs populations d’un recours judiciaire international en cas de crimes graves.
Ledemineur.info










