Les débats ont repris ce lundi 18 mai dans le procès d’Alpha Mohamed Kallo. L’ancien directeur général de la Banque Nationale d’Investissement de Guinée (BNIG) est poursuivi, au même titre qu’Ibrahima Tounkara, Maurice Eugène Alecaut, Afriland First Bank SA, la société EJICO SARL et la société Djoliba Pêche, pour détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, faux et usage de faux en écritures publiques, atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics, complicité et recel.
Interrogé à la barre par le juge Alpha Camara, assisté de ses conseillers Kanda Doumbouya et Mamadou Dian Diallo, le prévenu n’a pas reconnu les faits. Alpha Mohamed Kallo a rappelé avoir été nommé directeur général de la BNIG en avril 2018, à la suite de la création de ladite banque. Avant son remplacement en avril 2022, la BNIG avait pour principale mission de financer les entreprises de jeunes et de femmes ayant des difficultés à accéder aux crédits des banques classiques en raison des taux d’intérêt élevés.
Le capital social de la BNIG était de 100 milliards de francs guinéens. À cela s’ajoutait un montant de 700 milliards constitué de bons d’investissement financés par les banques commerciales. L’État guinéen détenait 60 % des parts, la Banque Centrale de Guinée 30 % et Afriland First Bank 10 %. Selon lui, dans ce mécanisme de crédit, un minimum de garanties était défini par le conseil d’administration. Il a également rappelé que ce n’était pas lui, en tant que directeur général, qui octroyait les crédits, mais qu’il s’agissait d’une décision prise par un comité d’investissement.
Alpha Mohamed Kallo a indiqué percevoir un salaire mensuel de 128 millions de francs guinéens, accessoires compris. Il dispose d’un compte courant à la Société Générale qui, au moment de son arrestation il y a quatre ans, était crédité de 100 millions de GNF. Selon lui, ce compte est aujourd’hui vide. Il possède également un second compte à Afriland First Bank, sur lequel il affirme ne disposer d’aucun fonds.
Concernant son patrimoine, le prévenu a déclaré être propriétaire de plusieurs établissements scolaires, notamment l’université Conakry Le Prince, créée en 2006, ainsi que de deux instituts professionnels situés à Kissidougou et à Guéckédou. Il a précisé que l’université ne fonctionne plus depuis deux ou trois ans, tandis que les deux instituts poursuivent leurs activités.
Il affirme également posséder plusieurs biens immobiliers : une villa à Taouyah acquise en 1988 pour 12,8 millions de francs guinéens, une maison à Washington achetée en 1993 pour 365 000 dollars et une autre à Paris acquise en 2007 pour 267 000 euros. À cela s’ajoutent une plantation de 50 hectares à Kissidougou, une autre de 110 hectares dans son village de Karako et trois tracteurs actuellement en panne. Il soutient avoir constitué ce patrimoine grâce aux revenus tirés de ses activités exercées depuis 1984 en France, en Guinée et aux États-Unis.
Le juge Alpha Camara a rappelé que, dans l’ordonnance de renvoi saisissant la Cour, il est reproché au prévenu le détournement de 119 millions de francs guinéens d’une part, et de 75 milliards de francs guinéens d’autre part. Alpha Mohamed Kallo a affirmé que le premier montant n’a jamais existé. Concernant les 75 milliards, il estime qu’il s’agit de fonds affectés à des clients de la BNIG qui n’ont pas répondu aux sollicitations de la nouvelle équipe dirigeante pour diverses raisons, et dont la responsabilité lui aurait été imputée alors qu’il ne est pour rien, s’est-il défendu.
Il est également reproché à Alpha Mohamed Kallo d’avoir octroyé des crédits à des proches. Le juge a notamment cité les noms de Sahada Tounkara et de Noumouké Kaké. Le prévenu a rejeté ces accusations. Il a été interrogé par le parquet et les avocats de la partie. Quand est venu le tour des avocats de la défense, ils ont sollicité le renvoi du dossier comme il se faisait tard. La Cour a accédé à cette demande en renvoyant l’affaire au 10 juin pour la suite des débats.
Sékou Diatéya










