Un article récemment publié dans la revue “Défense” fait état de discussions engagées entre l’Union européenne et la République de Guinée en vue de la conclusion d’un accord visant à sécuriser l’approvisionnement européen en bauxite. Actuellement, l’UE dépend à 63 % de la Guinée pour cette ressource, ce qui place le vieux continent dans une situation de dépendance critique vis-à-vis d’un seul pays fournisseur.
Cette situation géopolitique, renforcée par la publication en décembre 2024 par l’OTAN d’une liste de 12 ressources jugées stratégiques pour la défense de ses États membres, incluant l’aluminium, les tensions entre les États-Unis et la Chine pour l’accès aux terres rares et l’offensive des américains pour une “main mise totale” sur les ressources minières de la RDC, illustrent l’intensification des manœuvres diplomatiques des grandes puissances pour sécuriser l’accès aux matières premières critiques. Ces luttes stratégiques s’organisent, entre autres, sur le monopole technologique de la Chine dans l’industrie des terres rares et autres, la domination des entreprises occidentales dans le segment de la recherche géologique, la transformation en aval et l’accès au capital via un soutien politique et stratégique accru à des fleurons industriels nationaux.
Dans ce contexte, les pays dotés de ressources stratégiques, comme la Guinée, sont appelés à repenser profondément leur paradigme de gouvernance minière. Il ne s’agit plus de se limiter à une économie de rente fondée essentiellement sur la taxation des entreprises extractives ou l’acquisition de part dans l’actionnariat des entreprises minières. Désormais, la compétition mondiale impose une domination au travers d’une économie du savoir, fondée sur le développement d’un véritable savoir-faire technologique, industriel et stratégique en matière d’exploitation et de valorisation des ressources.
Disposer d’un potentiel géologique, aussi riche soit-il, ne suffit plus pour garantir une position avantageuse dans la chaîne de valeur minière. La domination géoéconomique ne repose plus uniquement sur les réserves naturelles, mais sur la capacité à les rechercher, à les extraire, à les transformer, à maîtriser les procédés industriels, et à peser dans les négociations internationales en mobilisant une diplomatie des ressources minières pro actives.
C’est à cette condition que les États comme la Guinée pourront non seulement accroître leur part dans la répartition des revenus issus de l’industrie minière, mais aussi s’affirmer comme des acteurs stratégiques incontournables dans la nouvelle configuration des rapports de force internationaux autour des ressources critiques. Le temps des discours pompeux sur “nous sommes un scandale géologique” est révolu, désormais sommes en face d’un monde où les rapports de force dans les mines sont structurés par le savoir-faire, le capital et la technologie.
Par Oumar Totiyah Barry










