Certaines consciences mesquines et corrompues, certains esprits malins et chagrins, toujours les mêmes, souvent descendants de bourreaux, dès qu’on touche à un pan de l’histoire rappelant à la mémoire nationale les torts et travers de figures laides, érigées pompeusement en mythes, perdent leur sang-froid et révèlent leur vrai visage.
Ce syndicat du crime organisé et solidaire, ces chantres impénitents du nihilisme, négationnistes aussi devant l’Éternel, ne se contentent pas d’avoir endeuillé des familles et détruit des vies ; ils espèrent aussi qu’on se taise sur leurs crimes et qu’on ne pleure pas les morts hantant leurs nuits.
Mais ils oublient que les faits sont têtus et que l’histoire, comme le rappelle Arthur Koestler dans son célèbre roman Le Zéro et l’Infini, « se fiche qu’on se ronge les ongles », et plus encore qu’on s’étrangle à subir les vérités qui fâchent, vérités qui ne pourront jamais être effacées des mémoires.
Tant pis s’ils souffrent le martyr, eux et leurs familles, de savoir que leurs victimes innombrables et leurs proches n’oublient rien de ce qu’ils leur ont fait subir dans leur chair, et ne leur pardonnent pas leur cruauté. Tôt ou tard, justice sera rendue, sur terre ou dans le ciel. D’ailleurs, quand on voit comment certains finissent leur vie, le sort d’autres liés à eux, on réalise que Dieu existe. La justice divine est le meilleur baromètre dans un monde de faux-semblants, peuplé d’hypocrites, de faussaires et de lâches qui reprennent à leur compte une histoire officielle partiale et ne s’en prennent qu’aux personnes en difficulté, affublées de tous les mauvais épithètes, surtout lorsqu’elles ne sont pas de leur terroir ou de leur lignée.
Des sectaires, nostalgiques d’une gloire passée et envieux du parcours d’autres plus élogieux que celui des leurs, continuent de se livrer à la vindicte populaire. Leurs idoles sont marquées, autant qu’eux, par les stigmates de toutes sortes de crimes abominables, visibles ou imperceptibles. Heureusement que la prison, l’exil et toutes les infamies infligées aux autres leur pendent encore au nez, sans compter les malheurs qui s’abattent sur eux.
Kassory Fofana n’a pas les mains tachées de sang et dort la conscience tranquille, avec le sommeil du juste. Il sait que ceux qui veulent perpétuer les pratiques honteuses du passé, celles qui consistaient à faire dire sa vérité et à se servir de la justice pour couper des têtes, ont leurs enfants, adoptifs ou non, qui errent encore dans la nature et continuent de défendre l’héritage familial d’inhumanité et de lourds passifs.
Il se moque éperdument de la calomnie et n’est guère impressionné, à l’instar de ses amis sincères et compagnons historiques, par les cris d’orfraie d’une association de malfaiteurs et de délinquants endurcis. Il ne lui arrivera que ce que Dieu voudra et que le destin lui réservera.
Lui, au moins, se montre digne et serein dans l’épreuve, alors que d’autres, dans la même situation que lui aujourd’hui, n’ont rien voulu reconnaître ni assumer de leurs actes odieux, dans un élan de repentir douteux et d’hypocrisie manifeste. Après avoir joué avec la vie d’autrui, ils ont voulu ruser encore avec le peuple et abuser des mémoires. On connaît la suite… Ils ont vécu avec arrogance, en distribuant la mort et la désolation ; ils ont péri dans l’horreur d’exécutions sommaires. Juste retour des choses ?
Leurs propres pièges se sont refermés sur eux, dans la spirale du temps et l’ironie de l’histoire. Le plus triste, c’est qu’ils ont tellement fait de mal qu’ils se cachent, même morts, des vivants, car personne ne sait dans quelle tombe ils reposent, ni dans quelles fosses communes ils ont été jetés. Ni souvenirs pour eux, ni avenir, ni honneur ni dignité pour ceux qui se reconnaissent en eux ou viennent de leurs entrailles.
La vie présumée de courtisan est préférable à la malédiction du criminel.
Morlaye Bangoura










