En Guinée, derrière les pompes à essence se cache une réalité invisible : celle des jeunes pompistes, exploités, sous-payés et exposés à des risques sanitaires permanents. En l’absence d’un cadre légal clair, ces travailleurs essentiels vivent dans une précarité chronique.
I. Des travailleurs sans droits ni contrat
La plupart des pompistes interrogés à Conakry dénoncent une situation d’exploitation caractérisée par l’absence totale de contrat de travail.
« Nous sommes laissés à la merci de nos patrons, qui peuvent nous renvoyer à tout moment sans justification », témoigne un jeune employé sous couvert d’anonymat.
Les pompistes sont ainsi privés de toute protection légale, sans couverture sociale, ni congés, ni indemnité en cas d’accident.
II. Des salaires dérisoires et des pratiques de survie
Avec des rémunérations oscillant entre 600 000 et 800 000 francs guinéens (GNF) par mois, les pompistes peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires.
« Aucun pompiste ne touche un million de francs, je vous le garantis », affirme un autre employé.
Cette précarité alimente parfois des pratiques frauduleuses :
« Certains sont contraints de réduire la quantité d’essence servie pour récupérer un peu d’argent. Ce n’est pas de la malhonnêteté, c’est une question de survie », avoue-t-il.
III. Des retenues abusives et des abus de pouvoir
Outre des salaires faibles, les employés subissent des retenues arbitraires. En cas de manquant dans la caisse, le montant est directement prélevé sur leur paie.
« Même quand la différence vient d’une erreur technique, c’est nous qui payons », explique un pompiste.
Les heures supplémentaires, les jours fériés et les dimanches ne donnent lieu à aucune compensation.
IV. Les risques invisibles : entre incendies et maladies respiratoires
Travailler dans une station-service expose les pompistes à des dangers multiples :
- Inhalation quotidienne de vapeurs toxiques (benzène, hydrocarbures)
- Risques d’incendies ou d’explosions
- Absence totale d’équipement de protection (gants, masques, chaussures adaptées)
Malgré la gravité de ces risques, aucune mesure de sécurité ni suivi médical n’est assuré.
« Nous respirons l’essence toute la journée. Beaucoup d’entre nous toussent sans arrêt », témoigne un employé.
V. Le manque d’union et de reconnaissance
La peur du licenciement empêche toute tentative d’organisation collective.
« Tant qu’on ne se regroupera pas, les patrons continueront de faire ce qu’ils veulent », déplore un pompiste.
En l’absence de syndicat ou d’association représentative, leurs revendications restent inaudibles.
Conclusion : un appel à la régulation
Face à cette exploitation silencieuse, les autorités du travail sont interpellées. Une réglementation claire du secteur, la signature de contrats formels et le renforcement des contrôles apparaissent comme des urgences absolues pour protéger ces travailleurs de l’ombre.
Ledemineur.info










